samedi 7 juin 2008

Peut-on renoncer à un bien actuel par crainte d’un mal futur ?

Bonjour Dr Philo

J'explique l'objet de ma visite.
Je suis un homme, j'ai 20ans.
Elle est une femme, elle à 41ans tout juste.
Nous sommes a deux depuis un an passé.
La question est :
L'age peut il être un obstacle à une relation sérieuse dans une société ou on calcule tout, ou des "normes" sont instaurées de manière immuable sous peine d'être traînés sur la place publique par famille, amis et j'en passe..., ou l'on "pense" que je serait mort le dernier et que je "profiterai pas de la vie", tandis que de l'autre coté les craintes s'agrandissent avec le temps ...
J'espère que ce sujet lié a "l'écart d'age" vous plaira. »

La boite à questions.

Sur la question : « Dois-je me marier avec une femme plus âgée que moi ? », la « norme » dont vous parlez est le chemin le plus simple à suivre : mais tout dépend de ce qu’elle donne comme finalité au mariage.

- Est-ce pour fonder une famille ? La différence d’âge n’est certes pas un avantage dans ce cas.

- Est-ce pour avoir une compagne de chaque jour, y compris pour ses vieux jours ? Autrefois, certains célibataires endurcis se mariaient à l’âge mûr, non pas seulement pour ranimer leur flamme vacillante, mais bel et bien pour ne pas vieillir seul. L’égalité d’âge est là encore un avantage.

- Est-ce pour vivre jusqu’au bout une histoire d’amour ? Mais là la norme n’a plus rien à dire…

--> Il faut demander la suite aux bons auteurs.

Du classique ? Panurge passe son temps à demander à tous les oracles s’il doit se marier, parce qu’on lui a dit qu’il risquait d’être battu, volé et cocu. Seule la Dive bouteille lui répondra : « Trinque ». Pas très clair….

Autre chose ?
Avez-vous lu Tante Julia et le scribouillard de Mario Vargas Llosa ? C’est l’histoire d’un jeune homme qui tombe fou amoureux de sa tante de 20 ans son aînée. Il va l’enlever après maintes péripéties – son père veut le faire arrêter et l’exiler dans un pensionnat à l’étranger - et il parviendra à l’épouser.
Toutefois, c’est un roman qui se termine de façon douce amère : le jeune Varguitas quittera la tante Julia. Mais c’est au bout de 7 ans d'une union pleine de bonheur qu’elle ne regrettera pas, bien qu’elle l'ait prévenu dès le début : « Mario, quand tu me quitteras tu seras jeune et plein de vie ; tu referas ta vie. Pour moi, il sera trop tard ; je finirai seule. »

Voilà, même quand on sait comment l’histoire finit, on reste dans l’incertitude : le choix de faire ou de ne pas faire implique une prise de risque quoiqu’il en soit.

Au fond, le choix de la tante Julia Tante Julia de Vargas Llosa est assez éclairant : on voit que le mal redouté (« je vieillirai seule ») ne l’empêche pas de choisir le bonheur présent, sans doute parce que tout ça ne se pèse pas avec la balance de l’apothicaire.

C’est le moment de faire entrer le philosophe.

--> Le philosophe lui, comme vous le savez sans doute, aime à reformuler les questions, même si après ça on peine à reconnaître sa propre interrogation.

Il dira : « Peut-on renoncer à un bien actuel par crainte d’un mal futur ? »

Et il répondra : en supposant que le bien et le mal soient effectivement liés l’un à l’autre, la balance de l’apothicaire ne sert à rien pour les comparer, parce que le bien et le mal sont des qualités, non des quantités. Achille a préféré une vie courte et glorieuse à une vie longue et obscure.

D’ailleurs rien ne dit que le bien escompté (une vie commune avec la femme qu’on aime), soit "comparable" avec le mal redouté (ne pas vieillir ensemble) : comment comparer des termes qui sont radicalement hétérogènes ?

Mais qu’on ne puisse comparer le bien et le mal ne signifie pas qu’on ne soit déterminé par rapport à eux : si le bien est le plus important pour moi, je dirai : « Qu’importent les risques ? Que les inconvénients soient réels, je ne le sais que trop. Mais le bonheur du jour – ce bonheur – est vraiment ce qui compte. » C’est le choix de tante Julia.

Mais si le mal – j’aurai une vieille femme à mes côtés quand je serai un homme dans la force de l’âge – est le plus redoutable pour moi, alors il faut renoncer.

Au fond, ce que le Docteur-Philo - qui ne tient pas le courrier du cœur - pourrait vous dire, c’est ceci : on peut choisir entre le bien et le mal, et même choisir le mal plutôt que le bien, à condition de savoir en pleine lucidité, si ce qu’on espère a plus – ou moins - d’importance que ce que l’on redoute.

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Une autre réponse, qui pourrait succéder à celle-ci serait de savoir s'il est important de vieillir ensemble. Je ne l'ai pas envisagée, car c'est un peu dérivé. Et puis, est-on vraiment sûr de vieillir un jour?

(pour mémoire, Docteur-Philo vous déjà expliqué comment faire pour rester jeune)


3 commentaires:

Nicolas a dit…

Merci, je trouve votre reflexion très juste.

Quand à mon choix je préfére une vie courte et pleine de gloire ;-)

Bon courage pour votre site, vous avez toute mon estime, je vous recommanderai.

Bien cordialement,
Nicolas.

Anonyme a dit…

Bonjour
J' aimerais vous rencontrer
afin d' avoir votre avis sur une étude que je suis en train de faire au sujet de la vie de l' homme au masque de fer au cours de ses 34 années de détention
restant a votre disposition recevez mes salutations les plus distinguées
bollargeau@hotmail.com

Jean-Pierre Hamel a dit…

- une étude que je suis en train de faire au sujet de la vie de l'homme au masque de fer au cours de ses 34 années de détention

- Le mieux est de lui demander directement.
Vous le trouverez dans le cachot de Vaux-le-Vicomte, juste à côté des cuisines.
Vous ne pourrez pas le manquer, il ne sort pas trop souvent ces temps-ci