vendredi 4 avril 2008

Qu'est-ce que la dialectique ascendante de Platon ?

Qu'est-ce que la dialectique ascendante de Platon ?

La boite à questions

Docteur-Philo, ce n’est pas avec des questions comme ça qu’il va se fatiguer les méninges.

1 – Un petit coup de Dico-Philo (Lalande)

- Dialectique art du dialogue, de la discussion.

D’où : art de diviser les choses en espèces, autrement dit de classer les concepts.

- Dialectique ascendante : Selon Platon, la dialectique a pour effet de remonter de concepts en concepts jusqu’aux concepts les plus généraux et aux principes premiers ayant valeur ontologique.

Les lecteurs modernes de Platon ont employé le mot de dialectique pour désigner une doctrine faisant appel à un mouvement général de l’esprit qui s’élève des sensations aux idées, de la beauté concrète au principe du Beau, des fins individuelles à la justice universelle

[On observe qu’il faut ici laisser complètement de côté la notion hégélienne de dialectique qui implique l’inséparabilité des contraires]

Bien entendu, après être remonté jusqu’à ces principes, l’esprit peut soit s’y reposer indéfiniment (dialectique contemplative), soit retourner dans la réalité sensible pour guider les autres hommes vers le vrai-le beau-le bien, dialectique descendante (--> rôle politique du philosophe, c’est là)

2 – Et un petit extrait de Platon.

En général, quand on parle de "dialectique ascendante", on fait référence au Banquet, dialogue sur l'amour, entendu comme moyen d’escalader les marches de l’être en direction de l’Etre absolu, ou du Beau absolu, ou du Bien absolu (tout ça : idem).

On cite souvent un extrait tel que celui-ci :

« Quand, des beautés inférieures on s'est élevé, par un amour bien entendu des jeunes gens, jusqu'à cette beauté parfaite, et qu'on commence à l'entrevoir, on touche presqu'au but ; car le droit chemin de l'Amour, qu'on le suive de soi-même ou qu'on y soit guidé par un autre, c'est de commencer par les beautés d'ici-bas, et de s'élever jusqu'à la beauté suprême, en passant, pour ainsi dire, par tous les degrés de l'échelle, d'un seul beau corps à deux, de deux à tous les autres, des beaux corps aux belles occupations, des belles occupations aux belles sciences, jusqu'à ce que de science en science on parvienne à la science par excellence, qui n'est autre que la science du beau lui-même, et qu'on finisse par le connaître tel qu'il est en soi ». Banquet 211c

Observations.

a – Si, étant un homme, vous n’avez pas de goût particulier pour les beaux garçons, n’essayez pas les filles : ça ne marche pas (1). Il ne vous reste plus qu’à escalader les étapes en suivant la voie de l’abstraction mathématique (il vous faut alors lire la République, livre VI et VII). Mais pour l’ultime degré il vous faudra autre chose ; l’intuition des essences par exemple.

b – Qu’est-ce qui fait qu’on se lance dans cette ascension ? Y a-t-il un sens philosophique particulier qui donne à l’individu le désir de contempler les essences ?

Que nenni ! Tous les êtres vivants sont appelés par le même désir, qui est un désir d’immortalité : chacun, qu’il soit le matou qui appelle sa chatte sur les toits au printemps ou Roméo sous le balcon de Juliette, désire enfanter pour se perpétuer (2).

Seulement, certains découvrent que pour s’immortaliser il vaut mieux procréer des enfants de l’âme plutôt que des enfants de chair (voyez note 1).

Or pour arriver à cela, la contemplation des essences est indispensable.

N.B. Si vous voulez lire le Banquet, essayez ici.

(1) Voyez ceci : « Ceux donc qui sont féconds selon le corps aiment les femmes, et se tournent de préférence vers elles, croyant s'assurer, par la procréation des enfants, l'immortalité, la perpétuité de leur nom et le bonheur, à ce qu'ils s'imaginent, dans la suite des temps. Mais ceux qui sont féconds selon l'esprit…Ceux-là cherchent une belle âme » Banquet 209a

(2) Car la seule immortalité accessible au mortel, c'est le renouvellement des générations. On s'immortalise dans sa descendance (voir le passage (207d-e) où Platon explique que, de même que notre corps se renouvelle en permanence par le renouvellement de nos cellules, notre être tout entier se renouvelle dans un être identique à lui qu'il laisse après sa mort)

1 commentaire:

bibibeb a dit…

Je vous remercie pour votre réponse (les fruits de ma brève recherche ne m'ayant offert que peu de substance).
Je me rend compte à vous lire que je suis très sensible à cette philosophie platonicienne et je vais commencé tout de suite à lire le banquet avant de partir en quête de l'être absolu...