mercredi 30 janvier 2008

Pourquoi le masque du Masque de Fer était-il en fer ?

Docteur-Philo, quand il ne sait pas, il va se renseigner. Il est allé à Vaux-le-Vicomte, dans le sous sol du château, là où l’on peut rencontrer le Masque de Fer.

Il l’a photographié pour vous :

- Oui, mes chers amis, j’ai rencontré le Masque de Fer ; je l’ai même photographié.

Je l’ai bien sûr questionné : il ne m’a pas répondu. Je crois qu’il avait peur ; mais j’ai réussi à savoir qui il était : il s’agit du surintendant Fouquet. Du moins c’est ce que son geôlier m’a dit, parce que vous pensez bien qu’on ne m’a pas permis de voir son visage.

Alors vous voulez savoir pourquoi son masque était en fer ? Pourquoi ne pas s’être contenté d’un loup de velours ? Ou de carton pâte ?

Réfléchissons un peu à l’aide d’une comparaison. La ceinture de chasteté, vous connaissez ? Mais non, le Masque de Fer n’en portait pas (du moins je n’en ai pas vu). Une ceinture de chasteté, c’est en fer, parce qu’il faut une serrure et une clef. Pas de ceinture de chasteté sans clef, tout le monde sait ça.

Hé bien, le masque du Masque de Fer, c’est pareil. Examinez le cliché : impossible d’enlever ce masque sans l’ouvrir par derrière. Il y a donc un système de fermeture avec une serrure ; et tout ça est en fer pour que personne - et surtout pas le prisonnier - ne puisse enlever ce masque sans avoir la clef.

Bon, il n’y a pas grand chose à ajouter…

Si peut-être : une question peut en cacher une autre.

Pourquoi est-ce le visage qui permet l’identification des individus ? Le Masque de Fer, on pouvait voir son corps ; mais ça ne servait à rien pour l’identifier tant qu’il portait son masque.

Et aujourd’hui, qu’est-ce qu’on floute sur une photo pour l’anonymer ? Le visage.

Mais parfois simplement les yeux.

Pourquoi simplement les yeux ? (Petit rappel : le loup de carnaval cache effectivement et uniquement le haut du visage)

Pour plus de détail, voir ceci.

lundi 28 janvier 2008

Les femmes peuvent être les égales des hommes ?

Depuis plusieurs années, on souhaite que les femmes deviennent enfin l'égal des hommes.
Mais pourquoi un sexe ne devrait pas être supérieur à l'autre?
Pas forcement dans le sens historique d'ailleurs, ça pourrait très bien être les femmes qui dominent les hommes...

La boite à questions.

Docteur-Philo n’est pas du genre à ressasser les vieux débats sur la supériorité des femmes, ou des hommes, ou sur la malédiction biblique, etc…
Pour lui, la question n’est pas tellement de savoir qui domine qui, mais plutôt qu’est-ce
qu’il faut
pour pouvoir parler de domination, ou d’égalité

- Je m’en tiendrai ici au philosophe le plus misogyne, le plus partial à l’égard des femmes, je veux dire Rousseau, car c’est en même temps le spécialiste de l’inégalité. Voici donc ce qu’il écrit au début de son Discours sur l’inégalité : « il est aisé de voir qu'entre les différences qui distinguent les hommes, plusieurs passent pour naturelles qui sont uniquement l'ouvrage de l'habitude et des divers genres de vie que les hommes adoptent dans la société. » Autrement dit, l’inégalité - et donc aussi l’infériorité - n’est pas une propriété des êtres, mais une situation qui voit l’affrontement de deux êtres dans un contexte donné.

Je n’irai pas par 4 chemins : ne parlons pas de la mécanisation technique qui permet à de faibles femmes de piloter des avions de ligne… ou même simplement des bus de 20 mètres de long. Je dirai : admettons qu’il y ait des différences physiologiques et psychologiques entre les hommes et les femmes, que leurs hormones et les notre soient source de comportement différents.

Rousseau avait raison de dire que les besoins et les habitudes crées par la société étaient déterminants pour créer des inégalités. Non seulement les inégalités requièrent des point de repères susceptibles de changer avec le temps, mais encore ce qui est infériorité à tel moment peut devenir supériorité à tel autre.
Nous n'avons donc aucune raison de croire que ces supériorités - ou ces infériorités - seront pérennes dans le monde tel qu’il sera bientôt.

Maintenant, quid de l’égalité ?

On le voit :

  • ou bien l’égalité est un moment rare où les tendances à la domination qui s'affrontent de part et d'autre, s’équilibrent.
  • ou bien l’égalité est décrétée par le droit.

Donc, dans le premier cas, on n’a pas à «souhaiter que les femmes deviennent enfin l'égal des hommes » ; il suffit d’attendre que ça arrive.

Et dans le second, c’est déjà arrivé.

samedi 26 janvier 2008

Pourquoi vivons nous en couple ?

Pourquoi vivons nous en couple (en tout cas dans nos société occidentale) et pas comme certains animaux qui changent à chaque printemps (ou plus souvent même) ?

La boite à questions

Ça veut dire quoi un couple ? Une seul femme à la fois pour un seul homme (et réciproquement) ?

Pas seulement : il faut encore y ajouter, dans nos sociétés occidentales, l’attestation de l’union par mariage, Pacs, ou autre. Parce que, l’origine du couple, ce n’est rien d’autre que son institution ; c’est elle qui est déterminante dans le système : il s’agit de savoir qui est le père de l’enfant qui vient au monde. Si nous vivons en couple, c’est parce que les enfants n’appartiennent pas à la communauté, mais à leurs géniteurs. Le couple n’est autre que le moyen de le savoir : n’oubliez pas que lors du débat sur les tests ADN, on leur a objecté que les société occidentales - en tout cas la nôtre - font du mariage la première preuve de filiation. Vous êtes blanc, votre femme aussi ; elle met au monde un enfant black : qu’importe, vous êtes ipso facto le père.

Bon, vous êtes content ? Docteur-Philo vous a répondu ?

Non ? Hé bien vous avez raison, parce qu’il y avait bien des choses à dire encore.

- La Bible : nous vivons en couple parce que Dieu l'a voulu. C’est Lui qui a créé le couple. Eve a été créée pour être une aide à Adam. N’entendez pas qu’il ne se satisfaisait pas des chèvres (ça, c’est une vilaine pensée) ; ni qu’il était trop feignant pour travailler, vu que le travail n’existait pas encore. Entendez… ce que vous voudrez, moi je n’en sais rien.

- La paléontologie définit le couple par sa fonction : nous vivons en couple parce que c'est plus facile de survivre ainsi. C’était initialement une organisation économique : l’homme chasse, la femme pratique la cueillette aux environs du foyer. Et elle s’occupe des enfants - dans certains cas conjointement avec l’homme.

- Rousseau (1) affirme que le couple est l’œuvre de l’amour : nous vivons en couple parce que nous aimons notre Dulcinée. Mais l’amour n'existait pas avant l’apparition de la société. Dans la forêt primitive, l’espèce humaine vivait en diaspora. L’homme s’accouplait avec la femme au hasard des rencontres - même une moche faisait l’affaire, tout le monde avait sa chance. A peine sa petite affaire accomplie chacun se séparait. La femme élevait seule l’enfant qui d’ailleurs partait de son côté dès qu’il était en âge de se suffire à lui-même (c’est à dire vers 6 ou 7 ans).

- Freud (2) quant à lui suppose qu’à l’origine n’existaient que des hordes humaines. Un mâle vigoureux assurait à lui seul l’ensemble des prestations sexuelles ; faut dire que c’était le plus vigoureux des mâles. Comme dans certaines sociétés de singes, les jeunes mâles étaient rejetés à la périphérie de la tribu, attendant pour se satisfaire que le chef de la horde soit trop vieux pour leur résister ; alors l’un des jeunes prenait sa place et virait tous les autres.

Un jour les jeunes mâles décidèrent de mettre fin à ce système. Après avoir tué le vieux chef (qui était leur père bien entendu) et l’avoir mangé (origine du repas totémique), ils ont passé un pacte : interdiction d’avoir plus d’une femme par homme - et accessoirement, interdiction de l’inceste, bien sûr.

Le couple (n’)existe donc (que) pour éviter que les autres ne viennent nous piquer notre femme (ou notre homme). Là, on est tous d'accord, n'est-ce pas ?


(1) Rousseau - Du contrat social - 2ème partie

(2) Freud - Totem et tabou

vendredi 25 janvier 2008

Que faisait Dieu avant la création ?

Que le petit curieux qui pose cette question frémisse.

Car la première réponse qui vient à l’esprit est : « Dieu préparait des supplices aux sondeurs de mystères ». Parce que, rappelez-vous, Docteur-Philo vous avait bien prévenu : il ne faut pas avoir de telles curiosités. Si Dieu avait voulu qu’on le sache, Il nous l’aurait révélé.

Saint Augustin avait entendu cette question mais il rejette cette ce refus de répondre : voici ce qu’il nous en dit (cf. Confessions, livre XI, chapitre 12-13)

Résumons le raisonnement de Saint Augustin (il s’adresse à Dieu) :

1. s’il faut entendre toute créature par ces noms du ciel et de la terre, je le déclare hautement: avant de créer le ciel et la terre, Dieu ne faisait rien

2. Car ce temps même était votre ouvrage, et nul temps n’a pu courir avant que vous eussiez fait le temps. Que si avant le ciel et la terre il n’était point de temps, pourquoi demander ce que vous faisiez ALORS? Car, où le TEMPS n’était pas, ALORS ne pouvait être.

3. Vous avez fait tous les temps, et vous êtes avant tous les temps, et il ne fut pas de temps où le temps n’était pas.

Car le temps suppose qu’il y ait des choses qui passent - temporelles. Sans la création, rien n’existe qui soit temporel. Donc pas de temps. Donc pas d’avant. Donc pas d’action.

Avouez qu’il y a de quoi perdre son latin ! D’un côté, Dieu est éternel, et rien ne peut commencer pour lui. De l’autre, il décide un beau jour de faire le ciel, la terre, de séparer lumière et ténèbres, etc. Comment sa décision ne serait elle pas temporelle ? Comme Dieu éternel ne devient-il pas Dieu temporel par cet acte ?

Toutefois, dans l’éternité, tout est co-présent, même ce qui adviendra dans le temps. Imaginez que votre jeunesse, votre âge mûr, votre vieillesse soient ainsi contractés dans le même instant au point que vous puissiez passer de l’un à l’autre et changer d’état sans changer d’être. Ce qui est engendré par Dieu est co-éternel à l’éternité divine (« Ainsi vous avez engendré coéternel à vous-même Celui à qui vous avez dit: « Je t’ai engendré aujourd’hui (Ps. II,7 ; Héb. V, 7). »)

Hé bien, le moment de la création est de même présent dans la totalité de l’éternité divine.

-"il ne fut pas de temps où le temps n’était pas."

--- Je ne suis pas sûr que vous ayez bien compris…

Voyez cet exemple : vous rentrez de chez Ikea avec tout un mobilier en Kit. Les cartons sont là, dans votre garage, vous n’avez plus qu’à monter les meubles. Supposez maintenant qu’il y ait en plus, dans un coin, un sac avec marqué dessus : « Travail de montage ». C’est un sac bien étanche, et on devine que c’est de l’énergie pure qui est là-dedans - pas une notice de montage.

Vous n’avez plus qu’à imaginer les meubles déjà montés, qui sont comme en surimpression sur les cartons Ikea, voire même déjà installés dans l’appartement, un peu transparents il est vrai, mais parfaitement visibles.

Hé bien vous êtes comme Dieu avant la création : l’origine de vos meubles est là, elle aurait même pu être là depuis toujours, qui sait : depuis avant même votre naissance. Tout se passe comme si chaque étape de votre travail d’ameublement était déjà là, depuis votre origine, et que toutes ces étapes coexistent sans se succéder (par exemple, les meubles montés et les cartons qui en contiennent les pièces détachées coexistent). Vous voilà dans l’éternité, où chaque instant dure autant que l’éternité, ne passe donc pas, et coexiste donc avec tous les autres.

Encore un détail pour dire qu’on a compris : la succession temporelle elle-même fait partie de ces éléments existant de toute éternité, et cela alors même qu'il n'y a rien qui s'y succède encore.

Alors, vous voilà satisfait ? Pas tout à fait à ce que je vois.

- Dites donc, Docteur-Philo, la création, pour Dieu : est-ce que ça change quelque chose ?

- Non, ne dites surtout pas ça malheureux : on en a brûlé pour moins que ça !

- Oui, mais alors, moi, quand j’ai monté mon fauteuil Ikea, je peux me carrer les fesses dedans et boire mon whisky : ça change bien quelque chose.

- Dieu le peut aussi, mais il le peut de toute éternité, avant même d’avoir monté le fauteuil, alors que vous, qui n’êtes pas Dieu, vous ne le pouvez que depuis qu’Ikea existe.

Merci Ikea.

jeudi 24 janvier 2008

C'est quoi la philosophie ?

Bonsoir Docteur, puisque je me la posais mais je ne trouvais pas vraiment de réponse satisfaisante: c'est quoi la philosophie ?

La Boite à questions

Incontournable question… Mais question superchiante. Parce que la réponse est déjà philosophique, et qu’on suppose qu’on le sait déjà quand on peut comprendre la réponse. Vous me suivez encore ? Non ? Je m’en doutais un peu…

Alors, imaginez le désarroi du le prof de philo qui se retrouve, le jour de la rentée avec une charretée de lycéens devant lui. Ils le regardent avec curiosité, méfiance, intérêt, (rayez la mention inutile) ; mais tous attendent de lui qu’il leur dise pourquoi ils vont bosser toute l’année, qu’il pose et résolve la question : C'est quoi la philosophie ?

Bien entendu il ne s’agit pas toujours d’une question innocente : puisque le philosophe lui même ne peut pas répondre clairement et intelligiblement à la question, c’est que sa science ne vaut rien et donc que ce n’est vraiment pas la peine de se fatiguer à l’apprendre.

Sachez donc que les plus grands ont déjà répondu à cette question : voyez l’ouvrage de Gilles Deleuze et Félix Guattari Qu’est-ce que la philosophie ? Reportez-vous à cet ouvrage, ou bien lisez cet article en ligne, à moins qu’il ne soit déjà trop…philosophique.

--- Vous avez interpellé Docteur-Philo : il va donc vous répondre, mais il va parler sous le contrôle de ses confrères qui liront ce Post : s’ils ne sont pas d’accord qu’ils le disent (ne tapez pas trop fort sur les doigts S.V.P.).

En réalité le terme de philosophie ne comporte pas un sens univoque : il y a homonymie comme dit Aristote.

- La philosophie, c’est l’ensemble des textes contenus dans les bibliothèques sous la rubrique « Philosophie ». Ce n’est pas du tout une plaisanterie. La philosophie ainsi entendue c’est une pan de la « littérature », avec ses œuvres et surtout ses systèmes. Le philosophe est alors professeur - de fac si possible - spécialiste de tel ou tel système philosophique. On dit alors de lui que c’est une « historien de la philosophie ». Bref, la philosophie est une art de forger des concepts (Deleuze), et de construire des systèmes avec.

- On dit aussi que la philosophie, selon son étymologie, est « amour de la sagesse ». Peut-être même que c’est la première chose que dit le prof de philo à ses élèves en commençant son premier cours. Sauf que ça ne parle à personne, parce qu’il faudrait dire ce que c’est que l’amour et ce que c’est que la sagesse. Autrement dit on est renvoyé à un système de définitions, donc à la construction systématique déjà évoquée plus haut.

- Reste à dire alors que la philosophie, c’est une exigence intellectuelle, apparue avec Socrate que les philosophes reconnaissent généralement comme le père de leur discipline.

Son contenu est moins doctrinal que dynamique : il s’agit d’une question qui occupe l’esprit, d’une exigence fiévreuse de trouver le sens des actions et des pensées humaines. Platon décrit Socrate interpellant les jeunes gens qui traversent l’Acropole : « Dis-moi, mon bon, qu’est-ce que c’est que le courage ? (ou la justice ou la beauté…) »

… Toutefois, ne commettez pas l’erreur de croire que la philosophie est simplement l’art de poser des questions ; vu de loin tout Heidegger tient dans une enfilade de points d’interrogations, et on imagine le philosophe se gargarisant avec ses problèmes, sans se soucier de chercher les solutions. C’est absolument faux.

Simplement, pour trouver la solution, chacun doit être philosophe, parce que la solution suppose ici une décision, un choix. Il faut se mouiller pour choisir la réponse, on n’est pas dans le domaine des sciences où la réponse est infaillible. Parce qu’avec la philosophie on n’est pas dans le domaine de la vérité, mais dans celui du sens.

Application :

- Docteur, est-ce que j’ai un cancer du sein (ou de la prostate) ?

- Oui

- Docteur, qu’est-ce que ça va changer à ma vie ?

- Là, il faut demander à Docteur-Philo

mercredi 23 janvier 2008

Faut-il juger les fous ?

Merci de ne pas avoir demandé s’il l’on pouvait les juger, parce que ça on le peut si bien qu’une grande proportion des détenus sont des aliénés. Les prisons sont le plus grand asile psychiatrique de France.

On le peut. Mais le doit-on ?

Notre chef d’Etat, dans un discours a dit qu’il était normal que les aliénés mentaux soient traduits devant le tribunal. Ce qu’ils ont fait est bien criminel et on doit à leurs victimes cette réparation que constitue un procès. On retrouve ici cette conception de la justice compassionnelle, qui fait de la souffrance des victimes l’origine et la mesure de la peine à infliger au coupable. Admettez qu’il y a d’autres façons de concevoir la justice. Parce qu’à ce compte-là, on doit donner raison aux Tribunaux d’autrefois qui jugeaient et condamnaient les animaux qui avaient causé des dégâts dans les habitations ou les champs.

Trêve de plaisanterie. L’opinion publique veut du coupable en face de chaque délit, et elle récuse le diagnostique de folie délivré par les experts psychiatres. Dire qu’on doit juger le criminel, même diagnostiqué fou, parce que la folie n’existe pas, c’est une façon de reconnaître que la folie, au même titre que la mort, serait une cause d’extinction de l’action judiciaire. S’il faut un coupable, alors il faut que la folie n’existe pas.

Je ne trouve pas ça très sérieux. Soyons plus rigoureux : si le criminel est bien un fou, faut-il le juger quand même ? C’est bien ce que disait notre Chef d’Etat : il doit y avoir procès, parce que, si ce criminel est guéri plus tard, alors il faut que la victime puisse être indemnisée.

Donc, si l’action de la justice est éteinte au pénal, elle ne doit pas l’être au civil.

O.K. J’ai compris ça. Mais on détourne le problème : parce que dans tous les cas, tout de même, s’il y a condamnation au civil, c’est qu’il y a responsabilité. Qu’on se souvienne du procès d’O.J. Simpson, acquitté au pénal et condamné au civil pour l’assassinat de sa femme. Personne n’y a rien compris.

J’ai traité ailleurs de l’imputation juridique de responsabilité. Je bornerai à dire que la responsabilité suppose la capacité à choisir entre faire et ne pas faire. Les tribunaux américains qui malgré leur juridisme peuvent être aussi des modèles de rigueur, demandent aux jurés de dire si l’accusé avait, au moment des faits, la capacité de faire la distinction entre le bien et le mal (ce qui au passage aurait dispensé de faire des procès aux truies ou aux chèvres). Ce qui signifie, non pas qu’il a choisi de mal faire, mais qu’il pouvait - et donc qu’il devait - savoir qu’il faisait le mal. Ce qui nous rend responsables de nos actes, c’est que nous devons pourvoir les assumer.

Le fou qui tue dans son délire un passant parce qu’une voix lui a dit l’oreille que c’était l’antéchrist, en admettant ce que délire soit réel, est irresponsable, et on ne voit pas bien sur quelle base il devrait indemniser ses victimes une fois guéri.

Mais j’admets que le débat reste ouvert.

lundi 21 janvier 2008

Peut-on vivre sans amour ?

Mister G. a dit...
Une petite question comme ça : Peut-on vivre sans amour ?

La Boite à questions

Cher Mister G.,

je constate que malgré votre nom vous n’êtes pas tout à fait au point en amour (1). Rassurez-vous je vais vous répondre, mais il faut auparavant éclaircir un peu la question.

* D’abord que veut-on dire en posant la question : « Peut-on vivre… » ?

- S’agit-il de « Peut-on bien vivre quoique sans amour » ?, ou « Vivrait-on mieux sans amour »

- S’agit-il plutôt de « Peut-on survivre si l’on vit sans amour » ?

* Ensuite : amour, qu’est-ce ça veut dire ?

- S’agit il de l’amour éros : « Peut-on vivre sans faire l’amour - jamais ?»

- S’agit-il de l’amour agapè, le pur amour, celui qu’on appelle aussi l’amour de bienveillance - celui qu’on donne sans se soucier de le recevoir : « Peut-on vivre sans éprouver de l’amour ?»

* Enfin, quel est l’objet de cet amour ?

- S’agit-il de l’amour éprouvé pour un autre : « Pourrais-je vivre sans avoir quelqu’un à aimer ? »

- S’agit-il de l’amour reçu,

  • soit l’amour narcissique : « Pourrais-je vivre sans être admiré ? »
  • soit l’amour qui permet d’échapper à la solitude en se réunissant à l’autre : « Moi j'ai tant besoin d'amour / Moi j'ai tant besoin d'amour / Y a-t-il quelqu'un ici ce soir ? / Y a-t-il quelqu'un ici ? / Quelqu'un qui veuille m'aimer ? / J'ai tant besoin d'amour / …Yeah, yeah » ?

… Ah, Mister G. : voyez combien il est risqué d’ouvrir la boite de Pandore du philosophe : elle laisse échapper tant de questions que vous risquez de préférer l’ignorance qui s’ignore à la connaissance de tous ces problèmes.

Mais rassurez-vous, Docteur-Philo est là, et il ne vous laissera pas dans les ténèbres de la métaphysique.

Après tout, le plus simple est de consulter les sages de l’antiquité. Eux, ils savent.

Ils savent que la sagesse est de se suffire à soi-même, et que le meilleur moyen d’y parvenir est de dépasser le besoin qu’on a des autres. Ce besoin vient du fait que nous sommes des êtres incomplets : nous aimons celui qui possède ce qui nous manque pour être pleinement nous mêmes. Si nous savons nous contenter de ce que nous sommes, alors oui : nous pouvons vivre sans amour.

Toutefois : reste la thèse platonicienne pour qui l’amour ne serait pas un sentiment qui vise une personne quelconque, mais un délire de l’âme au contact de la beauté. Cette fois, l’amour est ce que nous vivons devant un chef d’œuvre de l’art ou devant un coucher de soleil sur le Kilimandjaro.

Ça on ne doit pas s’en passer.

Bien à vous Mister G.

Docteur-Philo

(1) Je vous remercie au passage de m’avoir permis de la placer celle-là, parce qu’elle traînait au fond de mon tiroir où elle commençait à rancir.