lundi 7 décembre 2009

Répondre à la question Qu’est-ce que la vie, n’est-ce pas en réalité répondre à la question Qu’est-ce que l’homme, telle que la science a contribué à


Bonsoir Docteur Philo, une petite question qui m'embête depuis quelque temps, et surtout dans le courant actuel des grands débats bioéthiques. Avant de parler de définition de la vie, ou de connaissance de la vie, je me demandais pourquoi l'homme cherche-t-il à la définir, si ce n'est pour répondre à des questions que les progrès de la science soulèvent, quant à la définition même de l'homme?

La boite à questions

Bigre... Pas facile votre question, d’autant que la notion de vie occupe une place considérable dans l’histoire des sciences : le volume qu’André Pichot a consacré à cette question fait 970 pages (Histoire de la notion de vie, dans l’édition Tel).

Et puis comment ne pas être troublé par le rapprochement entre ces deux questions quand on se rappelle que dans les années 60 Michel Foucault disait justement que l’homme était une notion qui allait disparaître du champ scientifique, au moment même où François Jacob déclarait que dans les laboratoires, la recherche ne s’intéressait plus à la vie mais au vivant (entendons aux phénomènes du vivant). D’ailleurs Docteur-Philo qui a enseigné la philosophie dans une vie antérieure se rappelle que dans les programmes de philo de terminale, c’est bien le vivant qui figure et non la vie.

Bref, au moment où on cesse de parler de l’homme, on cesse en même temps de parler de la vie.

Ce qui prouve la pertinence de votre question et qu’en même temps on ne se la pose plus

Ça ne signifie pas pour autant qu'elle soit sans intérêt, mais seulement qu'elle a une dimension historique.

--> Si je tente quand même l’aventure d’une réponse, ce sera avec plein de points de suspension.

En fait penser à définir l’homme en définissant la vie, c’est se comporter en matérialiste. Ce qui ne surprendra personne si on admet que ce sont les scientifiques qui le font.

Parce que, si vous dites « comprendre la vie c’est comprendre l’homme » alors vous allez rattacher les propriété humaines à des données physiologiques – voire même à la matière brute. On dira que les gènes sont responsables de la nature humaine, et que ces gènes sont eux-mêmes un empilement de molécules d’ADN autrement dit de substances chimiques. Et vous allez, par exemple comme Notre-Président, expliquer que l’homosexualité ou la pédophilie c’est génétique.

Qu’est-ce qui est exclu de l’humanité dans ce cas ? D’une part la liberté ; passons. D’autre part l’histoire, c'est-à-dire l’effet de l’évolution culturelle, de l’environnement humain etc…

Je devine que vous attendiez encore une autre exclusion : Hé oui… L’âme ! Quid de l’âme ? Peut-on la définir scientifiquement ? Où se situent les gènes l’âme ?

Dans ce cas, un conseil : abandonnez la science et ouvrez la Bible. Dans la Genèse, on voit bien que Dieu crée comme ça, sans plus, les animaux. Mais quand il s’agit de l’homme, la vie se dédouble : il y a la glaise dont est fait son corps et le souffle divin qui vient l’animer. C'est-à-dire : la vie, chez l’homme est double, alors que chez l’animal elle est simple.

L’homme possède alors la vie sous deux formes différentes et c’est de là que vient cette propriété extraordinaire pour un être vivant : l’immortalité – partielle, mais tout de même.

mercredi 25 novembre 2009

Y a t-il un responsable autre que la causalité ?

Question posée dans La boite à questions.


La causalité est-elle synonyme de responsabilité ?

Faut-il comprendre qu'on se demande si c'est la cause qui a produit tel effet qui est l'origine de la responsabilité ?

Mais alors il faut se demander aussi: qu’est-ce donc que la « causalité » ?

De toute façon la question est encore trop classique (de millions de pages pour la traiter ont sûrement déjà été écrites), et en même temps loin d’être résolue (voyez les débats sur l'opportunité de juger les fous).


Toutefois, Dr. Philo s'est engagé à répondre à ses honorables lecteurs et il n'est pas homme à reculer devant sa responsabilité

De quelle causalité parle-t-on ? De la cause efficiente ? De la cause liée à la volonté ? S’agit-il d’un sujet qui a agi en pleine connaissance de cause, ou bien était-il ignorant de l’effet produit, ou encore incapable d’être conscient de ce qu’il faisait ?

- Ça fait longtemps qu’un ne traîne plus devant le tribunal l’animal qui a causé un dommage, et on ne juge plus (ou pas encore) les fous criminels.

--> Donc l’imputation de responsabilité suppose non seulement qu’on ait fait ce qui donne lieu à responsabilité, mais encore qu’on l’ait voulu.

Voilà donc quelques éléments de réponse :

1 – Il n’y a responsabilité que là où il a quelque chose qui a été fait impliquant la volonté humaine – ou divine.

Et donc le fait strictement naturel (le tremblement de terre qui ravage une région, la tempête qui coule le bateau) ne donne lieu à aucune responsabilité.

De même le hasard n’est aucunement responsable : le fait de gagner une fortune au Loto n’a rigoureusement aucun sens dans ce domaine.

2 –Poser la question de la responsabilité, c’est donc se demander : quand est-ce qu’on peut dire qu’on a voulu réellement ce qui s’est passé. On se rappelle de la formule « Responsable mais pas coupable », qui voulait dire qu’il existe une responsabilité formelle mais pas réelle, quand on n’a pas véritablement souhaité ce qui s’est passé. On juge en ce moment Douch, le tortionnaire cambodgien, qui comme les bourreaux nazis plaide l’obéissance pour se disculper. Ils ont fait, oui – mais ils ne l’ont pas voulu.

3 – Plus intéressante, cette observation consistant à dire avec Ricœur que cette question suppose que soit résolue une autre question préalable : qui est l’agent véritable de l’action ? Ou si vous préférez : Qui donc a fait ce dont un parle ?

mardi 10 novembre 2009

Faut-il faire partir les gens qui viennent faire jouer leur chien sur mon terrain ?

Bonjour Dr Philo, voici: nous avons un très grand terrain que nous entretenons avec amour. Comme il n'est pas clôturé deux personnes viennent y faire jouer leur chien. La première fois je les ai informés qu'il s'agissait d'une propriété privée, ce qu'ils ignoraient. Mais depuis ils reviennent à tous les jours.

- Est-ce normal que ça m'agace au plus au point ou est-ce de l'égoïsme.

- Pourquoi ai-je tant de mal à leur dire de partir?

- Est-ce que je me sens coupable de posséder une si grande propriété que nous avons pourtant si difficilement gagnée?

Isabelle (Remarque sur ce Post)

Voici une question qui pourrait aussi bien être adressée au juriste et/ou au psychologue.

Si elle s’adresse au philosophe, alors c’est notre rapport à la propriété privée qui est interrogé

Car si on laisse (provisoirement) de côté la seconde questions, on est en présence d’une question typiquement rousseauiste.

C’est en effet Rousseau qui écrit que la propriété privée se définit par l'exclusion du droit des autres à faire ce qu'il veulent de notre bien : la propriété avant d’être un sentiment est une réalité qui se caractérise par l’exclusion des autres. Ma propriété c’est le domaine de ma vie privée, n’y entrent que ceux que j’ai autorisés. Et sur tout pas leurs chiens. Et surtout pas si c’est pour le souiller de leurs déjections.

La question n’est donc pas tellement de savoir pourquoi ça vous agace, puisque, étant donné ce qu’on vient de dire de la propriété, et vos envahisseurs étant dûment prévenus qu’ils étaient sur la votre, ils n’en tiennent pas compte, mais plutôt de savoir comment il se fait que vous vous sentiez « coupable » de posséder cette propriété», et pourquoi vous aviez des réticences à faire valoir vos droits.

Alors, on peut tenter plusieurs réponses :

- D’abord que vous êtes sans y penser plutôt rousseauiste (1) , et que vous ayez l’idée que la propriété privée n’est pas quelque chose de vraiment légitime ; je veux dire que l’humanité pourrait bien vivre sans que la propriété privée n’existe.

- En suite que, comme le dit également Rousseau (c’est dans le Contrat social cette fois), la propriété doit être proportionnée aux besoins humains et à ses capacités de travail (il s’agit toujours de la propriété du sol et donc de la dimension du champ nécessaire à faire vivre le paysan).

Néanmoins, comme vous le faites remarquer, ce grand terrain est proportionné à votre travail puisque vous l’avez dûment acheté avec vos émoluments. Simplement ce travail est en amont de la possession et non en aval (comme l’est le champ qui est légitimé par le travail agricole).

- Enfin, que cette manière d’exclure les gens soit pour vous une attitude peu recommandable moralement. Même si on n’est pas certains de vouloir aimer notre prochain comme nous-mêmes, néanmoins nous avons un vieux fonds humain qui nous recommande l’hospitalité pour le passant inconnu. C’est ce que croyaient les grecs : le mendiant qui sonne à ta porte est peut-être un Dieu déguisé qui vient faire du testing d’hospitalité.

Alors si vos envahisseurs – et leur chien – sont des Dieux, laissez faire.

Sinon, plantez donc une clôture et achetez un fusil.


(1) Voyez ce texte :

Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. (Discours sur l’origine de la propriété, 2ème partie)

lundi 5 octobre 2009

Ma question est : que signifie être poli ?

J’invite mon honorable correspondant à se reporter à mon Post récent consacré aux rapports entre la politesse et l’hypocrisie. (Cf. ici), car je ne vois pas pour l’instant grand-chose à dire de plus.

Je peux toute fois en profiter pour reproduire le texte de Schopenhauer, pour ceux qui ne l’aurait pas lu en ligne :


Les porcs-épics

« Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers 1es autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer. »

Arthur Schopenhauer – Parerga et Paralipomena

samedi 3 octobre 2009

Artiste et sportif, même métier

Selon moi on appelle quelqu'un artiste lorsque le métier d'une personne ne sert à rien d'autre que provoquer des émotions et des sentiments. Alors les musiciens autant que les sportifs sont à mes yeux des artistes.

Commentaire au post Qu’est-ce qu’un artiste ?

1 - Artiste serait donc un métier.

2 - Ce métier ne consisterait pas à produire une œuvre, mais à induire des émotions chez autrui.

3 - Artiste et sportif = même nature.

La difficulté avec l’art – et donc avec les artistes – c’est de tracer les limites du concept, c'est-à-dire donner les caractéristiques sans les quelles l’art cesse d’être de l’art, et l’artiste un artiste.

Quand vous croisez ces difficultés avec les incertitudes soulevées par les autres concepts que vous ajoutez dans la relation (qu’est-ce qu’un métier ? Qu’est-ce qu’un sportif ?), alors vous avez besoin de quelqu’un qui vienne avec un solide gourdin pour faire un peu respecter les frontières.

1 – Concernant le métier, l’idée d’artiste s’est construite dans notre civilisation en faisant reculer le rôle de l’apprentissage – donc du métier – au profit de l’inspiration, du génie, du talent, etc… Sans être d’un romantisme excessif, on dira que le propre de l’artiste, c’est précisément d’exister au-delà du métier

2 – Pour ce qui est de l’œuvre, c’est là que la difficulté est la plus grande. On a très couramment l’idée que l’artiste produit une œuvre et donc pas seulement de l'émotion. Une œuvre, c'est à dire quelque chose qui immortalise son auteur - pour le moins, quelque chose qui dure.

Oui, mais comme le faisait observer Nietzsche, le danseur ne laisse derrière lui aucune œuvre, son art, tout son art disparaît avec sa danse.

3 – Est-ce une raison pour identifier artiste et sportif ? A supposer que le sportif ne produise que de l’émotion chez le spectateur – et non un exploit qui fait reculer les limites des capacités humaines – pourquoi pas ? On voit bien que certains sports sont à cheval sur l’art et le sport – et justement on peut penser au sport équestre, mais aussi au patinage sur glace.

Toutefois : l’art a quelque chose qui va au-delà de l’émotion passagère. L’art, même sans produire d’œuvre, dure bien au-delà de sa manifestation.

Hannah Arendt disait même que c’est le propre de l’art que de produire quelque chose qui dure parce que ce n’est pas fait pour la consommation.

--> L’œuvre de l’artiste – son produit – c’est aussi quelque chose qui donne à penser, quelque chose qu’on peut revoir, réentendre, indéfiniment ou presque, avec toujours une sensation neuve, avec toujours une pensée de plus.

L’œuvre d’art c’est ce dont on n’a jamais fini de parler.

Alors, tant mieux si l’exploit sportif entre dans cette catégorie…

mardi 29 septembre 2009

En quoi consiste le rire.?

Quel est le but du rire ? Pourquoi rit-on ? De quoi rit-on exactement ? Quelle est la fonction du rire ?

La boite à questions

54 secondes. Tel est le temps moyen passé par page par les lecteurs de ce Blog.

54 secondes donc pour répondre à 4 questions fondamentales sur le rire : avouez cher lecteur que Docteur-Philo a une rude tâche.


--> Quant au but, on peut déjà distinguer

- Il y a d'abord le rire-expression, le rire « aux anges » tel ce gamin photographié par Willy Ronis qui rit simplement parce que la vie lui est belle. Ce rire accompagne la joie qui comme le dit Spinoza manifeste le passage à une plus grande perfection. Ce rire-manifestation n’a pas de but : il existe et c’est tout.

Notons qu’on ne rit que là où l’intérêt vital n’est pas en cause : là ou le sérieux nous commande d’obtenir un résultat, le rire crée une pose. Et non seulement il ne faut pas être pressé par le besoin vital pour rire, mais en plus il faut considérer le rire comme humain – strictement humain comme le disait Rabelais – parce que le rire qui accompagne la joie est l’indice du bonheur et que l’homme cherche non seulement à vivre, mais qu’il veut en plus bien vivre (Aristote).

- Il y a aussi le rire sanction : c'est celui qui émet un message. C’est le rire moqueur, le rire qui sanctionne le ridicule.

--> C’est ici qu’on peut interroger la source du rire, le risible,

Docteur-Philo trouve dans sa besace, le livre de Bergson – Le rire (Essai sur la signification du comique) : il y a une métaphysique du rire qui mériterait un peu plus que 54 secondes.

Selon Bergson, le risible est issu d’un aspect caricatural pris par un fait humain. C’est quelque chose qui est devenu raide, mécanique, bref qui est désadapté par rapport à la souplesse et à l’efficacité de l’action. Le bafouillage, le geste qui se répète sans raison, le tic verbal, une humoriste comme Julie Ferrier l’a exploité au maximum (voir par exemple sa prof de chant ici).

Nous rions parce que cette répétition, ce caractère mécanique du comportement nous donne l’image de ce que serait l’homme si la matière l’emportant chez lui sur l’esprit, se mettait à faire mécaniquement ce que son intelligence fait avec la souplesse de l’invention.

Le rire est donc un affrontement de la matière et de l’esprit : c’est donc bien un comportement métaphysique.

Nous en sommes à 58 secondes : tous les lecteurs ont plié bagage.

samedi 26 septembre 2009

Y a-t-il des choses que les machines ne sauront jamais faire ?

Cette question qu’on pose aujourd’hui à Docteur-Philo a été posée une multitude de fois, et on a proposé une multitude de tests permettant de savoir où s’arrêtent les machines dans leur imitation de l’homme.

On connaît aujourd’hui plus particulièrement le test de Turing qui consiste à faire dialoguer un usager avec un ordinateur avec pour objectif d’établir de façon certaine si à l’autre bout, il y a un autre usager, ou bien si c’est la machine qui répond toute seule.

De fait, Docteur-Philo a tenté l’aventure avec un programme ad-hoc (1) : il a été bien déçu. Le doute n’a pas tenu plus de 3 secondes. Lorsqu’il a demandé à son interlocuteur ce qu’il pensait de Barak Obama, la machine a répondu par un stéréotype, du genre « Vous pouvez reformuler votre question ? »

Déjà, Descartes s’était posé la question de la preuve qu’entre l’animal (considéré par lui comme une machine) et l’homme il y avait une différence totale. Et cette preuve, c’est l’usage du langage.

Par exemple : un perroquet dit bonjour à sa maîtresse ; ce n’est pas qu’il soit joyeux de la revoir, mais parce qu’il espère avoir la nourriture qu’elle est habituée à lui donner pour le récompenser d’avoir parlé. Autrement dit, la machine parlante ne le fait pas avec à propos ; elle ne peut tenir compte de la réalité. (voir le texte de Descartes ici)

Autre exemple : Dieu vient de créer Adam et il se demande s’il vient d’inventer une machine ou bien si cet homme saura faire quel que chose que la machine ne saurait pas faire. Il a eu la réponse quand Adam a croqué la pomme. Une machine ne saurait pêcher, c'est-à-dire faire ce pour quoi elle n’a pas été inventée.

Mais je préfère encore le test de Lady Lovelace, dont on ne parle que rarement.

Déjà, Lady Lovelace était la fille de Byron, ce qui impose le respect et suscite l’étonnement s’agissant de définir un test à faire passer à des ordinateurs. Mais surtout, le test de Lovelace concerne la création : la machine, c’est ce qui est incapable de créer, c'est-à-dire d’inventer quelque chose qui ne se déduit pas analytiquement des données qui sont déjà connues (2).

En réalité, une machine qui saurait créer, ça fait peur. Exemple :

Il y a bien des années IBM avait fabriqué un puissant ordinateur joueur d’échec, Big-Blue, contre le quel Kasparov, le champion du monde, a perdu. On a dit alors que certains des coups joués par la machine était de pures créations, qu’on n’aurait jamais été capable de déduire de la base de données des parties antérieures stockées dans la mémoire de la machine.

C’était une machine qui avait passé brillamment le test de Lovelace : IBM l’a démontée et on n’en a plus jamais entendu parler.


(1) Sur un site concernant les robots de discussion : il s’agit d’Alice.

(2) Est déduit analytiquement ce qui était déjà contenu dans le donné soumis à l’analyse. Un peu comme le sous-marin qui fait surface existait déjà sous la mer avant de devenir visible.

De même, dans l'exemple du perroquet, le "Bonjour" à la maitresse se déduit analytiquement de l'état du perroquet: il a faim.